Il y a 16 ans, dans
le cœur de Lomé, plus précisement à Tokoin-Gbonvié, Tavio Amorin, membre du Haut Conseil de la République (HCR), Président
de la Commission des affaires politiques, des droits de l’Homme fut assassiné.
Deux personnes ont
ouvert le feu sur lui après l’avoir interpellé ; ils ont pris la fuite en laissant des pièces à conviction sur
le lieu du crime. ; Tavio s’est effrondré. D’abord admis au CHU de Lomé, il a été évacué le lendemain dans
un état critique à l’hôpital Saint-Antoine de Paris. Il succomba quatre jours plus tard à l’age de 34 ans, laissant
une veuve et un orphelin d’à peine 1 an.
Le jour de son assassinat,
il ne portait pas le gilet pare-balles qu’il venait de se procurer après des rumeurs d’assassinat qui planaient
sur sa personne. A 20 heures, il avait quitté ses collègues pour aller rendre
visite à un cousin malade ; un ami l’avait vivement recommandé de ne pas traîner dehors et d’être prudent. Tavio qui déjà depuis un certains temps vivait presque dans le maquis et évitait des
déplacements à risque a rassuré son ami.
Dans l’obscurité,
ses assassins qui sont sortis d’une voiture déguisée en taxi, lui ont interpellé pour être sûr de sa véritable identité
et ont ouvert le feu avec des armes de guerre. Par le cri perçant des passants, les assassins ont fui dans la panique en laissant
des pièces à convictions sur le lieu du crime.
Un membre de la famille
de Tavio qui avait été informé du complot qui se préparait contre Tavio l’avait vainement cherché pour le prévenir.
Sitôt après le meurtre,
le Premier ministre Joseph Koffigoh avait laissé entendre que les cartes d’identité des deux policiers trouvées sur
place dans un sac non loin du lieu du crime prouvent que les deux gardiens de la paix étaient responsables du crime. Mais la plainte déposée est restée sans suite…
En 1996, le ministre
de la Justice togolaise a déclaré que l’affaire d’homicide ouverte à l’encontre des « personnes
inconnues » devant le Tribunal de Lomé a été classée sans suite après la Loi d’amnistie de Décembre 1994.
Dans les années 1980,
Tavio Amorin s’est exilé en France où il a étudié L’informatique. En
1991, après la pression de plus en plus forte du peuple togolais, le président
Etienne Gnassingbé a décidé de légaliser les partis politiques et a consenti à organiser une Conférence Nationale Souveraine
qui a établi les Institutions transitoires, y compris la conduite de l’Exécutif par un Premier ministre et une assemblée
législative représentée par le Haut Conseil de la République (HCR).
Malgré le risque,
Tavio a décidé de rentrer au Togo. Il
a cru dur comme fer qu’il était possible d’établir un état de droit, de contribuer à la naissance de la démocratie
et de la liberté d’expression et de lutter contre les violations des droits de l’Homme instaurée par le régime
d’Etienne Gnassingbé. A l’époque il disait à ses proches : « Je ne veux pas manquer un tel événement,
je crois vraiment que les choses changeront sur la terre de nos aiëux. Je veux
jouer ma part de responsabilité dans ces changements ».
D’abord comme
membre de la Conférence Nationale Souveraine en tant que Premier Secrétaire national du Parti Socialiste Panafricain et ensuite
comme Président de la Commission des affaires politiques, des droits de l’Homme du HCR.
Il est devenu incontournable dans la vie politique togolaise. Tavio n’a jamais manqué une occasion de dénoncer
les exactions du régime du président Etienne Gnassingbé ; : « Assez de sang a coulé suite à la volonté
d’un seul homme ; nous nous battrons pour que la mémoire des victimes
dans le combat pour la démocratie soit respectée ».
Il était parmis ceux
qui ont publiquement recommandé le président Etienne Gnassingbé de traduire devant la justice les responsables du massacre
de la lagune de Bè en 1991.
Avant sa mort, il
avait critiqué quelques membres du gouvernement du premier ministre Joseph Koffigoh pendant une émission télévisée. Tavio disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
Comme disait un membre
de sa famille : « A la différence d’autres leaders politiques qui voulaient
prendre les armes, Tavio croyait dur comme fer qu’il pourrait convaincre ses adversaires politiques qu’en oeuvrant
pour le changement par le dialogue et la discussion par un débat politique ; c’était sa façon de mener son
combat démocratique ». Comme il l’a toujours clamé haut et fort : « On peut tuer un homme mais pas ses
idées ».
Panafricaniste engagé,
Tavio a affirmé maintes fois qu’il est déterminé pour « défendre le respect pour la dignité de chaque être humain
de toute origine ethnique. Je me bats contre toute forme de tribalisme et ne
fais aucune distinction entre le Nord et le sud du Togo ».
En 1997, le gouvernement
togolais a voulu dédommager la famille de Tavio Amorin. La famille Amorin était
furieuse et a pris la proposition comme une insulte. « Nous ne voulons pas cet argent, nous exigeons que la justice soit
faite et que les criminels soient arrêtés et traduits en justice ».
Waté Agbe
Président Différences Culturelles
Bruxelles